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06-12-2013
Bienvenue sur le site du docteur S. S. Benharrats - Médecin spécialiste en psychiatrie . . Ce site est une modeste contribution à l'espace internet consacré à la médecine, et à la psychiatrie en particulier . . Bonne consultation ! Et n'hésitez pas à nous envoyer vos commentaires et suggestions.
Actualité
République algérienne démocratique et populaire
Ministère de la santé, de la population, et de la réforme hospitalière
Direction des actions sanitaires spécifiques
Programme nationale de santé mentale

Introduction

La santé mentale qui est un indice de l’état de santé de la population dans son ensemble est un état de bien être dans lequel la personne peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et fructueux et contribuer à la vie de sa communauté.
C’est un élément essentiel et indissociable de la santé dont la dimension positive est soulignée dans la définition de la santé telle qu’elle figure dans la constitution de l’O.M.S.
Pour réaliser cet objectif à atteindre, des stratégies doivent être développées pour mettre en œuvre un programme national de santé mentale avec les différentes composantes à divers niveaux des services de santé mais aussi des structures éducatives, culturelles, sociales et avec le concours du mouvement associatif et l’implication étroite de la communauté.
 En Algérie, pays de 30.000.000 d’habitants répartis sur le territoire de 2.370.000 km², dont la population est jeune, 48 % ayant au moins de 20 ans et 36 % ayant moins de 15 ans, l’histoire récente a été marquée par une occupation coloniale de plus d’un siècle et d’une guerre de libération nationale avec répression sanglante qui n’a pas manqué d’engendrer un cortège de souffrances physiques et mentales constituant un lourd fardeau.
Les précurseurs de la psychiatrie algérienne, parmi lesquels Frantz-Fanon à l’œuvre admirable, se sont efforcés au mieux de soulager la souffrance mentale des victimes de la répression.
Leurs successeurs ont continué leur œuvre et mis en place après l’indépendance en 1962 les jalons de la psychiatrie algérienne pour répondre aux besoins des personnes en état de souffrance psychique.
Les réponses, diversifiées dans la mesure du possible, à ces besoins ont du cette décennie être étendues à la prise en charge spécifique des victimes de la violence liée au terrorisme en particulier.
Le recensement général de la population et de l’habitat montrait en 1998 que 140.000 personnes présentaient une affection mentale entraînant un handicap, parmi lesquelles on dénombrait 20.000 enfants.
Les statistiques hospitalières montrent quant à celle que 150.000 consultations de psychiatrie sont assurées annuellement par les établissements hospitaliers spécialisés de psychiatrie.
Les troubles mentaux représentent environ 1,5 % des motifs de consultation en général dans les structures sanitaires et 7 % des affections chroniques sont représentées par des maladies mentales.
Parmi les motifs de consultation en psychiatrie, la dépression nerveuse vient en premier, suivie des affections psychiatriques chroniques, des troubles du comportement et des toxicomanies.
Pour répondre aux besoins le pays dispose de 370 spécialistes, bien qu’en ayant formé plus de 500 et de 300 psychologues cliniciens ainsi que de 160 neurologues.
On dénombre 10 établissements hospitaliers spécialisés de psychiatrie, 8 services de psychiatrie dans les centres hospitaliers universitaires et 20 secteurs sanitaires disposant de services ou de consultations de psychiatrie.
La capacité d’hospitalisation est de 4760 lits, soit 1 lit pour 6300 habitants et le taux d’occupation des lits varié de 50 à 85 % selon les établissements.
En dehors de ces établissements existent environ 60 cellules d’écoute et centres médico-pédagogiques mis en place pour répondre aux besoins de prise en charge et réhabilitation psychologique des victimes de la violence.
Aussi le pays dispose de services de santé mentale dont le plan de charge est important mais qui restent trop orientés et centres sur la prise en charge des urgences et les établissements hospitaliers spécialisés.
Aussi la satisfaction des besoins en santé mentale de la population nécessite la mise en place d’un programme national de santé mental à même de procurer les prestations préventives et curatives accessibles à tous ceux qui en ont besoin dans le cadre sur la décentralisation et l’implantation dans la communauté pour rapprocher le plus possible les soins des usagers.

  • Elaboration du programme national de santé mentale

L’élaboration du Programme National de Santé Mentale s’inscrit dans le cadre de la stratégie 2000-2010 développée par l’O.M.S. pour la santé mentale et la prévention et la lutte contre les toxicomanes.
Elle a été initiée à l’occasion de la Journée Mondiale de la Santé, consacrée par l’O.M.S. à la santé mentale avec comme slogan " oui aux soins, non à l’exclusion " et a connu plusieurs étapes dont la première a été l’organisation d’un séminaire atelier les 2 et 3 avril 2001 à l’Institut National de Santé Publique pour élaborer les grandes lignes d’un avant-projet de programme national de santé mentale.
Ce séminaire a réuni des intervenants relevant de spécialités diverses (psychiatres, psychologues, médecins généralistes, neurologues, juristes, épidémiologistes, médecins légistes) et appartenant à différents secteurs d’activité (Ministère de la Santé et de la Population, Ministère de la Justice, Ministère de l’Intérieur et des Collectivités Locales, Ministère de la Jeunesse et des Sports, Ministère de la Solidarité Nationale, Ministère des Affaires Religieuses, Ministère du Travail et de la Protection Sociale, Ministère de la Culture et de la Communication) avec la participation des organismes internationaux ( O.M.S., UNICEF) et d’intervenants du mouvement associatif.
L’objectif du séminaire était de dégager, avec les participants un ensemble de propositions devant servir de base de travail à l’élaboration d’un Programme National de Santé Mentale.
L’échéance du 10 octobre 2001, journée mondiale de la santé mentale, a été fixée comme date pour la finalisation et la validation de ce programme.
L’avant-projet de programme national de santé mentale a été présenté et débattu à l’occasion de la célébration de la journée mondiale de la santé le 7 avril 2001 à l’hôpital Frantz Fanon de Blida.
L’avant projet a été ensuite soumis à débat et enrichissement au niveau régional à travers l’organisation de 03 conférences régionales sur la santé mentale qui se sont tenues respectivement à Oran les 16 et 17 septembre 2001, à Alger les 25 et 26 septembre 2001 et Annaba les 30 septembre et 1er octobre 2001.
Les conférences régionales ont permis également l’étude des modalités pratiques de mise en œuvre du programme au niveau local et régional, en tenant compte des ressources et moyens disponibles et mobilisables selon les régions.
Aussi le présent programme est l’aboutissement et la synthèse des travaux réalisés lors des différents séminaires, manifestations et conférences organisées durant l’année 2001 autour de la santé mentale.

  • But du programme national de santé mentale

Le but du programme national de santé mentale est de prévenir et combattre les troubles mentaux, neurologiques et psychosociaux, et de contribuer ainsi à l’amélioration de la qualité de vie de l’ensemble de la population.
Les objectifs à atteindre sont :

  • La réduction de l’incidence et de la prévalence de certains troubles mentaux et neurologiques, comme la dépression, l’arriération mentale, la toxicomanie , l’épilepsie et les troubles psychosociaux liés aux évènements traumatisants.
  • Mettre en place une organisation de soins la plus adaptée, la plus efficace et la moins coûteuse possible avec une législation effective en harmonie avec cette organisation des soins.
  • Renforcer la prévention, et mettre en place des mécanismes de réhabilitation et élaborer des programmes de communication pour l’éducation sanitaire des citoyens en terme de santé mentale dans l’approche " non à l’exclusion des malades mentaux ".
  • Etablir une planification de la formation adaptée aux besoins et aux possibilités.
  • Stratégies de mise en œuvre du programme

 Les stratégies à développer pour atteindre le but du programme national de santé mentale visent :

  • L’organisation des soins de santé mentale en accordant une attention prioritaire à la décentralisation au niveau des soins de santé primaires et à l’approche communautaire ainsi qu’à la disponibilité des médicaments.
  • L’adaptation de la législation en santé mentale à la situation prévalent sur le terrain et à la nouvelle organisation.
  • Le développement de programmes de prévention des troubles mentaux et neurologiques.
  • La réhabilitation psychosociale des personnes en état de souffrance psychique liée à la violence.
  • La communication sociale pour l’éducation du public, des professionnels et l’association des communautés et des familles.
  • La formation des personnels de santé, spécialisés et des soins de santé primaires, ainsi que des autres intervenants en santé mentale.
  • Le développement de la recherche en santé mentale.
  • Législation et santé mentale

Aujourd’hui nous passons progressivement de la psychiatrie à la santé mentale, ce qui permet de prendre en considération l’individu dans l’ensemble de l’organisation socio-économique comme citoyen et non en fonction de certaines manifestations de non sociabilité.
C’est pour cette raison que la prise en charge de la santé mentale ne concerne pas exclusivement le secteur de la santé mais doit impliquer au contraire les autres secteurs notamment la protection sociale, la solidarité nationale, l’éducation nationale, la jeunesse et les sports, la justice, le mouvement associatif, etc.
La loi n° 85-05, à travers son titre III relatif à la santé mentale a vocation à protéger et sauvegarder l’ordre public et la sécurité des personnes que peut menacer un individu atteint d’une affection psychiatrique et à protéger ce dernier (la malade) et ses biens notamment quand il est privé de sa liberté.
1.1. Situation actuelle
Globalement la loi actuelle ne souffre pas d’insuffisances majeures. Néanmoins quelques insuffisances ont été relevées.

  • Il y a une utilisation abusive de la mesure de placement d’office, qui à l’origine ne devait être qu’une mesure exceptionnelle et entreprise dans le but de protéger le malade et la société. Ce fait a des conséquences négatives sur l’offre de soins et la qualité de la prise en charge. Cette utilisation abusive est due en grande partie au fait que le placement d’office est devenu dans certaines régions comme la seule modalité d’hospitalisation. En effet, ces régions sont soit éloignées des grands centres psychiatriques et souvent ne disposent d’aucune structure de prise en charge.
  • Il y a actuellement absence de modalités de contrôle et de suivi des placements. Les commissions de santé mentale de wilaya prévues par la loi ne fonctionnent pas.
  • Des insuffisances de la loi sont signalées concernant :
  • la toxicomanie.
  • la protection des mineurs et des personnes âgées.
  • Les difficultés relevées sont plus d’ordre de l’application qui est faite de cette loi, difficultés inhérentes à l’insuffisance relevée dans le circuit de distribution des soins en santé mentale.
  • Certaines situations non prévues entravent l’application de la Loi :
  • Difficultés quant à la protection et la gestion des biens des malades mentaux.
  • Défaut d’application stricte de la réglementation des Placement d’office administratifs, à l’origine de surcharge de certaines structures.
  • Insuffisance de coordination entre les différents intervenants et structures chargées de la mise en application.
  • Absence de mesures de protection des enfants et adolescents en danger moral.
  • Absence de textes concernant :
    • La nomenclature des produits stupéfiants.
    • Les textes régissant les services fermés.
    • Le barème d’évaluation des incapacités.
  • Il y a un abus concernant la non réintégration professionnelle et les problèmes d’évolution de carrière des malades traités en psychiatrie.
  • Il y a absence de distribution des rôles quant à l’intervention en cas de crise avant l’année à l’hôpital.

 1.2 Révision et adaptation de la législation
Il y a eu lieu de prendre les mesures ci-après dans le cadre de la révision de la Loi relative à la protection et à la promotion de la santé en prévoyant le dispositif cadre de l’organisation des soins de santé mentale.

  • Nécessité d’intégrer la violence comme problème de santé avec un accent particulier sur la protection des victimes de violences sexuelles notamment et de maltraitances (enfants, adolescents, femmes) et les populations vulnérables (enfants, adolescents et personnes âgées).
  • Suppression de certaines termes péjoratifs ou prêtant à confusion comme le terme " pervers " à l’article 136 et le terme " sénile " à l’article 137 de la loi.
  • Prévoir pour l’ergothérapie, la gestion des produits fabriqués par les malades. Les biens doivent être gérés par l’administration de l’hôpital ou des associations.
  • Prévoir un dispositif visant à protéger les biens des malades et les conditions et modalités de manipulation de leur argent.
  • La judiciarisation de la décision d’internement pose le problème de l’identification de la partie devant décider de la fin de l’internement et de la santé du patient. Ce vide juridique doit être comblé.
  • Prévoir un dispositif régissant les champs d’intervention respectifs du wali du lieu du domicile du malade et la Wali du lieu de situation de l’hôpital.
  • Il est important d’identifier les parties et les secteurs concernés par les interventions auprès des malade en crise : au domicile, sur les lieux publics, etc.
  • Définir les statuts réglementaires de toutes les structures existantes et à créer (service ouvert, service fermé, Hôpital de jour, Centre intermédiaire de santé mentale, etc).
  • Mise en place de textes réglementaires souples pour gérer les situations d’urgence en attendant l’élaboration et la promulgation de textes législatifs.
  • Organisation et prise en charge des soins

A l’image de toute activité de santé, la distribution des soins de santé mentale nécessite une organisation fiable, efficiente, adaptable dans le temps.

2.1. Evaluation du système de soins actuel
Les remarques suivantes s’imposent quant au système de soins actuel.

  • Le système actuel est insuffisamment cohérent et fonctionne essentiellement dans l’urgence.
  • Il fonctionne également sur la base d’une sectorisation archaïque, statique et dépassée.
  • Il souffre d’une déperdition importante des personnels spécialisés.
  • La prise en charge spécialisée des enfants et des adolescents est insuffisante voire absente.
  • Au cours des dernières années: perte importante d’infrastructures psychiatriques hospitalières non suppléée par d’autres modes de prise en charge.
  • La répartition des praticiens sur le terrain ne traduit pas l’effort important de la formation.
  • Concernant les médicaments, des inquiétudes ont été rapportées quant à la multiplication des ruptures et l’augmentation des prix de certaines molécules.
  • Il a été remarqué au cours de ces dernières années un accroissement objectif de la demande de soins et la saturation des structures existantes.
  • Il y a une demande de soins importante exprimée dans certaines wilayas qui ne disposent pas de structures de prise en charge.
  • Les services d’urgences de la capitale couvent une population importante rendant tout projet de prise en charge difficile à mettre en œuvre.
  • Il y a une rupture dans la chaîne de soins due au manque de coordination entre acteurs de santé et intervenants dans le champ de la santé mentale.
  • Les spécificités du sujet âgé, du malade chronique et de l’épileptique ne sont pas prises en considération.

2.2. Réorganisation et renforcement des structures de prise en charge
2.2.1. Principes généraux
La réorganisation du système de soins doit obéir aux principes généraux suivants:

  • Développer les soins le plus proche possible de l’usager par l’introduction des soins de santé mentale dans les unités de soins de base avec toutes les mesures d’accompagnement suivantes :
    • Redynamiser les structures de base et y intégrer les soins de santé mentale.
    • Formation du personnel aux questions de santé mentale notamment les médecins généralistes qui peuvent acquérir des compétences en terme de prévention, de diagnostic et de suivi.
    • Installation d’une coordination avec un système de hiérarchisation et de priorisation selon les régions.
    • Accélérer le processus d’accréditation des services et les budgétiser selon les activités.
  • Encourager et valider la création des structures intermédiaires de santé mentale en convention avec les collectivités locales et les mouvements associatifs.
  • L’organisation des soins devra être soumise à une évaluation régulière et continue.
  • Avoir pour souci la diversification des prestations en termes de :
    • Structures de prise en charge.
    • Qualité des soins.
  • Assurer la continuité et la personnalisation des soins.
  • Œuvrer pour la lutte contre la chronicité.
  • Permettre la réhabilitation et le maintien de l’usager dans sa communauté et la lutte contre l’exclusion des malades mentaux.

2.2.2. Mesures à prendre

  • Développement d’espaces ou de lieux de prévention destinés à la prise en charge de certains problèmes de santé mentale spécifiques : toxicomanie, suicidant.
  • Renforcement de la psychiatrie d’urgence par la création d’espaces supplémentaires destinés à gérer les états ou les situations de crise.
  • Création de service de psychiatrie dans les hôpitaux généraux, assurant l’ensemble des prestations dans le cadre d’une sectorisation.
  • Renforcement du tissu extra-hospitalier en diversifiant les prestations de prise en charge tant dans les domaines du diagnostic, thérapeutique, psychothérapeutique et réhabilitation. La coordination entre les différents niveaux de prise en charge nécessite un cadre réglementaire approprié.
  • Mise à jour de la sectorisation selon les critères de fonctionnalité, d’offres de services et de la notion d’équipe.
  • Promouvoir et intégrer les travailleurs sociaux dans la participation à la prise en charge.
  • Créer des structures d’accueil pour patients chroniques, cas sociaux (structures intermédiaires de santé mentale).
  • Prendre en charge la maladie épileptique en prenant en considération les trois aspects, social dans lequel interviennent toutes les institutions, préventif avec un rôle important dévolu à l’école et à l’enseignant dans le dépistage et l’aspect thérapeutique par la mise en place d’un réseau national de prise en charge.
  • Prendre en charge les victimes de violences :
    • Cette prise en charge doit être envisagée en termes de programme national interdisciplinaire et intersectoriel.
    • Les intervenants doivent bénéficier d’une formation à la prise en charge des psychotraumatismes.
    • Favoriser le travail en réseau et les intervenants communautaires.
    • Veiller au soutien des équipes d’intervenants.
    • Réfléchir à la création d’un dispositif médico-psychologique d’urgence.
    • Nécessité d’intégrer le dispositif de prévention au dispositif de soins.
  • Création de structures de psychiatrie infantile au sein des services de pédiatrie.
  • Veiller à la disponibilité du médicament et sa gratuité au sein des hôpitaux et en ambulatoire dans les unités sanitaires de base (centres intermédiaires).
  • Veiller à la qualité et au coût de médicaments (accessibilité).
  • Organisation des urgences en psychiatrie et éventuellement intégrer l’urgence psychiatrique à la garde des urgences médico-chirurgicales, en renforçant les structures y compris au niveau de la capitale.
  • Intégrer les psychiatres privés et psychologues privés dans l’organisation des soins en santé mentale.
  • Garantir le financement de la santé mentale en tenant compte de l’intersectorialité (MSP/CNAS/M.Protection Sociale/Collectivités Locales).

3. Prévention – réhabilitation – communication
3.1 Prévention
Il faut rappeler le rôle de l’Etat dans les dispositifs de prévention, et mettre en œuvre des activités soutenues techniquement et financièrement.
La prévention est la pierre angulaire de la politique de santé et elle doit être redéfinie pour une véritable intégration impliquant toutes les instances concernées.

  • les pouvoirs politiques,
  • les collectivités locales (A.P.C., A.P.W.),
  • le communautaire,
  • les professionnels,
  • la société-civil.

A l’heure actuelle, il devient urgent de mettre en place une stratégie adaptée qui permettra :

  • La prévention primaire des troubles mentaux.
  • Une accessibilité aux soins de proximité.

Cette stratégie se pose en termes de traduction opérationnelle sur le terrain.
A cet effet les principales actions à entreprendre reposent sur l’identification des potentialités existantes en procédant à l’état des lieux, des professionnels exerçant dans toutes les structures publiques, privées et associations engagées dans le soin et la prise en charge de la population en souffrance.
Cette identification devra s’intéresser particulièrement aux régions surpeuplées d’une part et aux régions isolées d’autre part en vue de localiser les structures d’accueil pour les activités de prévention.
Par ailleurs il y a lieu de créer des postes budgétaires pour psychologues, orthophonistes, assistantes sociales et intervenants sociaux, de même que le rôle du médecin généraliste et du psychologue seront renforcés en matière de prévention.
Il y a lieu également de donner un ancrage plus important au niveau de la commune pour les cellules de proximités et porter plus particulièrement la réflexion sur les mécanismes à mettre en place pour les rendre opérationnelles.
Ainsi il y a lieu d’accorder une attention particulière aux actions ci-après :

  • Identification de population a risque en santé mentale  et développement de programmes en leur faveur (ex) :
    • Enseignants/enseignés.
    • Personnel soignants.
    • Population vulnérable : sans ressources, chômeurs, S.D.F., pathologies addictives, Victimes de grands stress (catastrophe naturelle, terrorisme).
  • Les structures chargées de la surveillance de la mère et la protection de l’enfant doivent aussi être identifiées ; il s’en suivra un renforcement des professionnels compétents qui devront s’atteler à une réflexion sur le dépistage précoce concernant la période prénatale, périnatale et postnatale auprès de ces populations d’où l’intérêt de réhabiliter le carnet de santé, l’érigeant en base d’information et de ce fait créer une culture de suivi pré et postnatale.
  • Aussi il faudra porter une attention particulière aux accidents périnataux et à la santé de la mère et de l’enfant dans le choix des soins, notamment :
  • La femme enceinte : surveillance de la grossesse, dépistage et prise en charge des grossesses à haut risque, surveillance de l’accouchement :
        • Le nouveau-né : surveillance, dépistage et diagnostic des troubles de santé mentale en privilégiant la prévention primaire, par la recherche de pathologies comme la phenyl-cétonurie, l’ hypothyroïdie, la souffrance fœtale pouvant générer des troubles ayant des conséquences sur la santé mentale ultérieure de l’enfant.

La prise en charge de la santé mentale en milieu scolaire est une des plus importantes activités retenues vu l’incidence des troubles psychologiques constatés tardivement et leur impact sur la scolarité de l’enfant.
Pour cela il est impératif de définir un programme de santé mentale en milieu scolaire. Il y a lieu d’intégrer les paramètres relatifs à la santé mentale dans le dossier de santé de l’élève comme les troubles de langage de la lecture, de l’écriture, l’énurésie, et autres.
Il y a une nécessité de travailler dans l’intersectorialité et l’éducation nationale est un maillon fort de celle-ci, et l’enseignant étant un intervenant privilégié dans le dépistage des troubles.
Il faut trouver des axes de réflexion et d’action pour la prévention des comportements d’exclusion, par le développement de message de tolérance, par la démystification de la santé mentale, évitant l’amalgame entre la santé mentale et la dangerosité.
Dans ce cadre il y a lieu d’initier et développer une culture de tolérance, qui est une démarche préliminaire d’intégration des malades mentaux.
3.2 Réhabilitation
3.2.1. Préambule
Un débat très important doit être engagé à propos de ce concept :
Le terme a été inspiré d’une démarche anglo-saxonne qui renvoie à une image rigide de la perception de l’individu et du désir de le contrôler, ce qui a été à l’origine de controverse.
Dans sa définition il s’agit de rétablir :

  • La fonction, les attitudes, le droit d’un individu ayant vécu une souffrance, dans sa société et son environnement.
  • La définition de ce terme fait référence à des objectifs de réinsertion et du rétablissement des droits et c’est ce qui a été retenu.

Actuellement les structures d’accompagnement qui permettent la réhabilitation d’un individu, en situation de postcure sont très rares, même méconnues.
Ces structures permettent la réinsertion de l’individu dans son milieu familial, éducatif, professionnel, et le rétablissement dans ses droits juridiques.
Il n’existe pas de textes réglementaires régissant le fonctionnement de ces structures (hôpital de jour).
Les structures de réhabilitation doivent avoir un rôle essentiel de réinsertion et d’intégration sociale, une définition des rôles et objectifs de ces structures est primordiale.
La prise en charge des polyhandicapés souffrant d’un retard mental grave, sont insuffisantes.
3.2.2. Mesures à prendre
Les mesures à prendre concernent :

  • La reconversion des structures mal ou sous utilisées en structures d’accompagnement des individus en état de souffrance mentale.
  • Ces structures ou organisations alternatives doivent être souples, accessibles, ouvertes, flexibles et diversifiées selon les cas et les régions.
  • Réduire le nombre de malades errants par l’ouverture de centres d’accueil, à temps partiel, ou la reconversion des structures déjà existantes.
  • réhabiliter les personnes âgées en institution et en dehors des institutions.
  • favoriser la mise en place d’actions communautaires qui au delà des soins médicaux apportent l’information, la sensibilisation.
  • Dépister précocement les personnes en souffrance, sensibiliser par un travail de proximité leur entourage.
  • humaniser et professionnaliser la prise en charge des malades
  • privilégier les approches alternatives entre les soins médicaux et l’approche médico-socio-sanitaire.
  • Maîtriser les techniques de réhabilitation (ergothérapie, sociothérapie).
  • Encourager la thérapie familiale, prendre en charge la vulnérabilité sociale par la création de structures d’accueil et de postcure.
  • Favoriser et aider la création par les associations de structures d’accueil et d’écoute.
  • Développer des réseaux de soutien et de suivi des patients centrés sur les services de réhabilitation.
  • Encourager les expériences locales déjà existantes.
  • Combler les déficits en matière de personnel de soutien (travailleurs sociaux, orthophonistes, sociothérapeutes, . . .).
  • Pour les victimes de violence la prise en charge psychologiques des traumatismes psychologiques se fera selon les recommandations suivantes :
    • Nommer la violence liée au terrorisme.
    • Nommer la violence faite à l’enfant et l’adolescent.
    • Nommer la violence faite aux femmes, notamment sexuelle.
    • Identifier et nommer toutes les autres violences (les sortir des tabous et du silence).
    • Faire une évaluation des expériences et actions réalisées en matière de prise en charge des victimes de violence.
    • Evaluer les cellules d’écoute tous secteurs confondus.
    • Mise en place d’un programme national de prise en charge.
    • Faire un état des lieux des violences faites à l’enfant (en institution et ailleurs), et des violences faites aux femmes.
    • Mise en place ou renforcement des modèles d’intervention en situation de crise (Type SAMU PSY).
    • Mise en conformité des textes et des lois algériennes avec la convention des droits de l’enfant.
    • Mise en application des textes relatifs aux mineurs en danger moral et les faire connaître aux différents intervenants.
    • Réglementer l’obligation de déclarer les maltraitances par témoins.

Quant aux autres types de violences :

  • faire un état des lieux de ce qui a été mis en œuvre dans les secteurs et mouvement associatif.
  • Recenser les travaux et recherche ayant un rapport avec les différentes catégories de population victimes de violences au niveau des institutions et du mouvement associatif.
  • Mise en place de passerelles intersectorielles pour l’installation d’un réseau de surveillance épidémiologique de la population victime de violence.
  • Parallèlement développer la capacité d’observance à travers une entité fonctionnelle, un observatoire de la violence par exemple.

3.3. Communication
3.3.1 Principes généraux
La sensibilisation et la prévention étant l’objectif principal de la communication, l’efficacité de celle-ci repose essentiellement sur le flux d’information et l’exploitation des canaux véhiculant cette information ou le message approprié à l’objectif visé.
En l’absence d’une stratégie de communication dans le domaine de la santé mentale, la prise en charge des aspects liés à celle-ci nécessite une volonté ferme de traduire sur le terrain une démarche cohérente et intégrée des différents secteurs concernés par les préoccupations générales de la santé et afin de rompre avec les approches isolées qui induisent une dispersion des efforts et des énergies.
Cette absence de coordination et d’échanges intersectoriels en matière d’information et de communication engendre un manque d’efficacité et de productivité, ce qui met en évidence l’urgence de la mise en place aussi bien d’une structure directrice que d’une stratégie d’information et de communication.
La multisectorialité définit une diversité des intervenants en santé mentale, aussi et pour niveler les connaissances il faut développer un programme d’information des intervenants.
La volonté de coordination constitue un atout majeur pour définir ensemble les moyens d’une mobilisation cohérente des dispositifs de prise en charge des aspects considérés afin de rechercher de nouvelles réponses aux problèmes posés par l’évolution rapide des préoccupations du monde contemporain.
Il s’agit d’actualiser et d’améliorer en permanence les messages de communication à partir de l’écoute des usagers et le plan de communication doit tenir compte des besoins de la population et des individus ciblés.
3.3.2. Actions à mener 

  • Professionnalisation dans les structures de santé (I.E.C., production audio-visuelle).
  • Amélioration de la communication interne.
  • Créer et/ou développer des lignes vertes - émissions radiophoniques, télévisées, site Internet par pathologie.
  • Création du bulletin de liaison entre les acteurs de la prévention.
  • Portes ouvertes sur les structures de santé mentale (régularité et durabilité).
  • Rentabiliser les moyens existants.
  • Dédramatiser la perception de l’image publique des pathologies mentales par des campagnes éducatives.

Initier les professionnels de la santé mentale à la communication de masse sur les questions de santé mentale.

  • Travailler sur les représentations de la maladie mentale auprès du public.
  • Evaluation par les observatoires régionaux de santé.

4. Formation des intervenants en santé mentale
4.1. Situation actuelle
L’assistance en santé mentale ne peut s’organiser sans une capacité à fournir des soignants, en nombre et qualité satisfaisantes. Nous assistons actuellement à de graves distorsions, plus importantes peut être en zones rurales.
Les remarques suivantes s’imposent concernant la formation des intervenants en santé mentale :

  • Il existe actuellement une absence d’adéquation formation – emploi.
  • Nous vivons actuellement une situation paradoxale marquée par l’importance du nombre de personnes formées et la persistance d’une situation chaotique et insuffisante sur le terrain. Dans ce cadre il est à noter la défection d’un grand nombre de psychiatres et une mauvaise répartition des personnels existants.
  • Absence de gestion des ressources humaines quant :
  • Au plan de carrière des différents personnels.
  • A la formation continue.
  • A la formation des personnels administratifs aux questions de santé mentale et la gestion des équipes.
  • Absence jusqu’à une date récente d’un service central pour élaborer et appliquer la politique sanitaire en santé mentale. Ce service est crée depuis peu à travers la sous direction de la promotion de la santé mentale au Ministère de la Santé et la Population.
  • Le manque d’effectif spécialisé en santé mentale en général et en soins psychiatriques en particulier a été relevé. Pour rendre accessible à une large demande ce type de soins, il faut impliquer le réseau de soins de base dans lequel le médecin généraliste occupe une large place.
  • Prioriser les options en fonction de la réalité et des besoins recensés.

4.2. Mesures à prendre

  • Reprise ou création de formations concernant certaines catégories actuellement insuffisantes ou inexistantes de personnels nécessaires dans les équipes de prise en charge. C’est le cas :
  • Ergothérapeutes.
  • des assistantes sociales.
  • des psychomotriciens.
  • des éducateurs spécialisés.
  • des infirmiers spécialisés.
  • Formation en psychologie clinique : Il existe actuellement des lacunes importantes dans la formation des psychologues. Leur formation universitaire n’est pas assez coordonnée avec les structures de la santé publique. Des conventions devraient exister entre les comités pédagogiques et les structures de santé. Il n’existe pas par ailleurs de formation post universitaire en psychopathologie. Il y a lieu d’envisager dans ce domaine une année de formation supplémentaire avec stage obligatoire en milieu psychiatrique.
  • Formation en psychiatrie 
  • La formation est insuffisante dans la cadre de la formation graduée. Elle est limitée actuellement à 3 semaines et devrait être étendue à 6 semaines.
  • La formation des spécialistes en psychiatrie devrait comporter une année d’études supplémentaire et les équipes d’enseignants devraient être complétées.
  • Mettre rapidement en place le Certificat d’Etudes Spécialisées (C.E.S) de psychiatrie infanto juvénile.
  • Enfin il y a lieu d’institutionnaliser les échanges nationaux et internationaux entre les différents services et secteurs.
  • Un manque de prise en charge d’une certaine catégorie de la population en soins psychiatriques de façon spécifique et adaptée, comme la psychiatrie de l’adolescent, la psychogériatrie, nous renvoie à élargir l’éventail des C.E.S. en santé mentale.
  • Formation en psychologie médicale : La formation des médecins en psychologie médicale doit être intégrée au cursus de formation dès le début des stages hospitaliers et doit être continue durant toute la période du cursus clinique. Actuellement cette formation se fait sous forme d’un module dispensé en fin de cursus.
  • Formation des ergothérapeutes : Actuellement en voie d’organisation sur des bases spécifiques pour l’intervention en santé mentale.
  • Formation des gestionnaires : Celle-ci représente actuellement une nécessité vu la particularité de l’exercice en santé mentale, notamment le milieu psychiatrique. Elle doit particulièrement viser la gestion des ressources humaines et des équipes d’intervenants. Formation de formateurs, auditeurs, évaluateurs et les gestionnaires de programmes.
  • Formation continue des médecins généralistes : Organiser une formation en santé mentale et dans la prise en charge des troubles neurologiques, notamment l’épilepsie pour les médecins généralistes dans le cadre de la formation médicale continue afin de répondre à la demande de soins en santé mentale qui dépasse les capacités de l’effectif en spécialiste existant.
  • Autres catégories de personnel : Il est important de sensibiliser, dans le cadre de la prévention et pour une meilleure orientation et prise en charge des patients, les autres catégories de personnels de santé notamment les sage-femmes et les médecins généralistes aux problèmes de santé mentale.

 5. Développement de la recherche en santé mentale
Il est fondamental, pour cerner au mieux les besoins en santé mentale de la population et planifier les services de santé mentale, d’engager des travaux de recherche sur les déterminants, la nature et les conséquences des troubles mentaux dans la population.
6. Surveillance épidémiologique et système d’information
L’insuffisance des données épidémiologiques relatives à la santé mentale de la population impose :

  • la mise en place d’un système d’information et de recueil des données concernant les soins de santé mentale.
  • l’étude et la mise en œuvre d’un système de surveillance épidémiologique des troubles post-traumatiques liés à la violence.
  • Echéancier de mise en œuvre
  • Création des Centres intermédiaires de santé mentale : 4ème trimestre 2001.
  • Formation des médecins généralistes à la prise en charge des affections mentales courantes : courant 2002.
  • Révision de la législation relative à la santé mentale : courant année 2001
  • Renforcement de la psychiatrie d’urgence et mise à jour de la sectorisation avec hiérarchisation des soins : 1er trimestre 2002.
  • Assurer la disponibilité des psychotropes au sein des hôpitaux et dans les Centres intermédiaires : courant année 2002.
  • Renforcement de la prise en charge des victimes de violence : 1er trimestre 2002.
  • Formation des intervenants à la prise en charge des psychotraumatismes : 1er trimestre 2002.
  • Organisation de la prise en charge des malades errants : 4ème trimestre 2001.
  • Organisation de campagnes de communication sociale : 1er trimestre 2002.
  • Révision de la formation en santé mentale dans le cadre de la formation graduée : année 2002/2003.
  • Organisation de la formation des ergothérapeutes : année 2002
  • Organisation de la formation des gestionnaires : année 2002.
  • Création de C.E.S en santé mentale, notamment en psychiatrie infanto-juvénile : année 2002/2003.
  • Organisation du recueil des données en santé mentale : 1er trimestre 2002.
  • Mise en place d’un système de surveillance épidémiologique’ de la violence : 1er trimestre 2002.
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Oran2 EHS INESSM
Dernière modification du site: le 16-10-2017 à 20 h 00 psy.visiondz.info
Benharrats S. S. ep. Mebarki, médecin psychiatre
Maître Assistante Hospitalo-Universitaire
Faculté de Médecine (Oran, Algérie).

Contact : psy@visiondz.info (formulaire de contact)